LES NOMS DE FAMILLE GAÉLIQUES

‘Is ait an mac an saol’
« Comme c’est curieux la vie »
Dicton gaélique
(littéralement : la vie est un drôle de fils)

 

L’histoire du pays se retrouve dans les noms de famille irlandais. Une histoire qui remonte à deux mille ans et qui est pleine de guerriers et de héros, ou plutôt d’enfants et de petits-enfants de guerriers et de héros. Les quatre noms les plus répandus en Irlande font référence à ce passé mouvementé et militaire.

Le nom le plus répandu est « petit-fils du chien de la mer », Ó Murchú, en anglais Murphy. Être un chien de la mer n’a rien de péjoratif, mais signifie plutôt ‘guerrier de la mer’. En deuxième place se situe une famille aussi belliqueuse que la première, les « petits-enfants de la bagarre », les Ó Ceallaigh, en anglais les O’Kelly. En troisième place se trouvent les « petits-enfants des yeux noirs », les Ó Súilleabháin, en anglais les O’Sullivan. En quatrième position, honneur aux Gallois, Breathnach, les Walsh en anglais, qui témoignent de la présence des Gallois en Irlande, arrivés avec les Normands au XIIIe siècle. En cinquième position des noms les plus nombreux, la première des familles ‘Mac’, c’est-à-dire fils, le « fils du forgeron », les Mac Gabhann , en anglais Mc Gowan ou Smith.

Avec les cinq familles ci-dessus nous apprenons plusieurs choses sur les noms de famille irlandais. Le Ó signifie ‘petit-fils’, ‘descendance de’, le Mac signifie ‘fils’. Dans les patronymes irlandais il y a autant de Mac que de Ó. En Écosse on parle également une langue gaélique, nous retrouvons donc Mac dans les patronymes du pays. En revanche, les Écossais n’ont pas pris l’habitude typiquement irlandaise de faire référence au grand-père, la plupart de familles écossaises s’appellent Mac, le Ó est rarement utilisé. Le Mac et le Mc signifient la même chose, à savoir « fils », et ne sont que deux conventions orthographiques différentes, le Mc étant simplement une abréviation du Mac.

Les noms de famille existent souvent en double, à savoir en gaélique d’origine, et en anglais de bricolage. Ceci s’explique par l’occupation anglaise qui a duré des siècles, jusqu’à en 1921 pour la partie sud, et les efforts énormes déployés pour anéantir la société gaélique. Tout était bon à détruire : les classes dirigeantes, le système de gouvernement, la religion, les lois, la culture et la langue. Les noms en gaélique n’ont pas été épargnés. On leur a donné soit une orthographe à l’anglaise, tel que Mc Gowan pour Mac Gabhann, soit un équivalent en anglais, par exemple Smith, « le forgeron ». Dans les deux cas, la version anglaise était souvent brutale et sans ménagement. Les Irlandais ont compris eux-mêmes l’inconvénient de s’afficher avec un nom trop gaélique et beaucoup ont supprimé les Ó et Mac. Depuis le départ des Anglais du sud du pays en 1921 il a eu un certain retour aux orthographes d’origine, cependant la plupart des Irlandais continuent avec ce qui est maintenant un système de double nom, permis depuis l’indépendance, tout Irlandais de la République ayant droit à deux noms, l’un en gaélique, l’autre en anglais.

 

I – NOMS GAÉLIQUES D’ORIGINE IRLANDAISE

Comme nous l’avons vu, Ó signifie ‘petit fils’ et Mac ‘fils’. Strictement parlant une fille ne peut être ni un Mac ni un Ó mais, vestige de l’époque des Anglais, c’est ce qu’il se passe aujourd’hui pour celles dont le nom été anglicisé. En revanche, les gens qui ont pu garder leur nom en gaélique ou qui l’ont remis en gaélique, font bien la différence. Ils disent Nic pour « fille » et pour « petite-fille ». Sans vouloir faire de jeux de mots scabreux, on peut dire qu’une Irlandaise est effectivement la nic de son père, un Irlandais est le mac de sa mère.

Exemple d’une bonne utilisation de Mac, Nic, Ó et Ní :

Eithne Nic Lochlainn = Eithne, fille du Viking
Dáire Mac Lochlainn = Dáire, fils du Viking
Nóirín Ní Ghallachóir = Nóirín , petite-fille de l’aide étrangère
Naoise Ó Ghallachóir = Naoise, petit-fils de l’aide étrangère

Après son mariage, si la femme veut prendre le nom de son mari, la logique veut qu’elle respecte le sens des mots, elle ne peut pas prendre directement le nom de son mari car elle n’est ni fils ni fille de son beau-père. En revanche, elle est bien la femme, bean, de son mari. À noter en passant, la forte parenté entre le gaélique ‘bean’ [banne] et le français ‘femme’, les deux mots signifiant la même chose car les deux langues partagent les mêmes origines indo-européennes. Après plus de trois mille ans d’évolution distincte cela se voit toujours.

Exemple d’une bonne utilisation de Mhic et Uí :

Nóirín Bean Mhic Lochlainn = Nóirín, femme du fils du Viking
Eithne Bean Uí Ghallachóir = Eithne, femme du petit-fils de l’aide étrangère

Dans les listes ci-après nous présentons les versions Ó et Mac des noms, cependant sachez que les versions Nic et , Mhic et , sont également valables.

I.1 Ó ou Mac ?

Certains noms ont une branche Ó aussi bien qu’une branche Mac. En général, les Ó sont plus nombreux. Ainsi il y existe des Ó Domhnaill et les Mac Domhnaill, d’où l’anglais « Mc Donnell », et la branche écossaise « Mc Donald », fils du Maître du Monde, ce qui est plutôt bien trouvé pour une chaîne mondiale de restaurants. Il y a également des Mac Lochlainn et des Ó Lochlainn, les fils et les petits-fils du Viking, l’Irlande ayant eu comme la France un passé plutôt mouvementé avec nos amis scandinaves. Il y a les Mac Aonghusa et les Ó hAonghusa, les fils et les petits-fils du dieu Aonghus, dieu de l’amour, de la jeunesse et de la beauté. Ces familles sont plus connues en France sous les versions anglaises Guinness et Hennessy, notre ami Aonghus semble apprécier la bière et le cognac.

 

I.2 Quelques familles en ‘Ó’

Gaélique phonétique Version anglaise les petit-fils de
Ó hAonghusa [o henneussa] Hennessy Aonghus, dieu irlandais de l’amour
Ó Briain [o brieun] O’Brien Brian, de la famille du roi Brian Boru
Ó Broin [o brone] Byrne le corbeau
Ó Ceallacháin [o kalakåne] O’Callaghan la lutte
Ó Ceallaigh [o kali] O’Kelly, Kelly la lutte
Ó Cinnéide [o kinéda] Kennedy tête laide
Ó Cléirigh [o kléri] O’Clery, Cleary le clerc
Ó Cuinn [o quinn] O’Quinn, Quinn, Conn le chef, sagesse
Ó Conchúir [o krohur] O’Connor, Conchur ami des chiens
Ó Dálaigh [o doli] O’Daly, Daly celui de l’assemblée
Ó Domhnaill [o donneul] O’Donnell, Dónall maître du monde
Ó Dochartaigh [o doharti] O’Doherty celui qui fait mal
Ó Dubhghaill [o dugal] Doyle l’étranger noir
Ó Ghallachóir [o gallakoar] Gallagher l’ami des étrangers
Ó Maoilriain [maoleriane] Mulryan, Ryan servant du petit roi
Ó Mordha [o morda] Moore, O’More majestueux
Ó Muireadhaigh [o mouradai] Murray seigneur, maître
Ó Murchú [o meurku] Murphy chien, guerrier de la mer
Ó Néill [o nil] O’Neill, Niall (Niall aux Neuf Otages de la légende)
Ó Raghallaigh [o rahalig] O’Reilly, Reilly des Raghallaigh
Ó Riain [o riåne] O’Ryan, Ryan petit roi
Ó Súilleabháin [o saulawanne] O’Sullivan des yeux noirs

 

 

I.3 Quelques familles en ‘MAC’

Gaélique phonétique Version anglaise les petit-fils de
Mac Aonghusa [mak énegueussa] Mac Guinness Guinness Aongus, dieu de l’amour
Mac Cárthaigh [mak kårti] Mc Carthy celui qui aime
Mac Diarmada [mak dirmada] Mac Dermot Diarmaid, héros légendaire
Mac Dónaill [mak donneul] Mac Donald Puissance mondiale
Mac Gabhann [mak gavåne] Mac Gowan, Smith forgeron
Mac Giolla Íosa [mak gueula issa] Mac Aleese dévot de Jésus
Mac Mathúna [mak mahuna] MacMahon Mahon du Roi Brain Ború
Mac Lochlainn [mak loklann] Mc Loughlin Viking

 

II – NOMS ÉTRANGERS

Au IXe siècle a eu le débarquement des Vikings, ce qui a fortement secoué la démographie celte du pays et a donné lieu à beaucoup de nouveaux noms de familles, par exemple les Ó Dubhghaill, les étrangers noirs, les Ó Ghallachóir, l’ami des étrangers, et les Mac Lochlainn, tout simplement les fils du Viking. Au XIIIe siècle a eu une nouvelle invasion, cette fois des Normands, eux-mêmes les descendants des Vikings installés en France, et une nouvelle vague de noms, une centaine de noms français, dont le plus nombreux les de Búrca, Burke en anglais, descendants des ‘de Burgh’. Les Normands ont joué un rôle déterminant dans l’histoire de l’Irlande. Ils ont entre autre fini par apprendre à parler le gaélique, apportant à la langue toute une collection de mots français, ainsi que des prénoms français et, comme nous allons voir, leurs noms de famille français.

Les Normands ont d’abord débarqué en Angleterre, en 1066, sous le commandement de Guillaume le Conquérant. En 1166, exactement cent ans plus tard, pendant le règne de son arrière-petit-fils, l’Angevin Henri II d’Angleterre, les seigneurs Normands désenchantés ont envahi l’Irlande. La conquête n’a jamais été totale et, comme le dit l’adage, les Normands ont fini par devenir plus irlandais que les Irlandais eux-mêmes. Cela se note dans leurs patronymes, ils n’ont pas perdu de temps à les convertir en gaélique, parfois avec des résultats assez comiques.

 

II.1 Quelques noms normands à la sauce gaélique

Nom d’origine version gaélique Prononciation Version anglaise
Le Bouteiller de Buitléir [de butlér] Butler
Le Brun de Brún [de brune] Brown
Le Pauvre de Paor [de poèr] Power
d’Alton de Daltúin [de daltune] Dalton
de Barri de Barra [de barra] Barry
de Burgh de Burca [de beurka] Burke, de Burgh
Martin Mac Máirtin [mak måirtchin] Martin
Plunket Pluincéid [plunkéde] Plunket
Fitzgerald Mac Gerailt [mak geralt] Fitzgerald
Fitzmaurice Mac Muiris [mak murish] Fitzmaurice

 

II.2 Un nom gaélique à la sauce française

Fitzpatrick Mac Giolla Phádraig [mak gueula fodrig] Fitzpatrick

 

II.2.1 le Mac et le Fitz

D’où vient Fitz, grand classique des noms de famille irlandais ? Il semble que les Normands appréciaient beaucoup le Mac irlandais, certains ont donc adopté la logique patronymique mais tout en utilisant le français ; ce qui a donné naissance à de nouveaux noms, le plus répandu étant Fitzgerald, fils de Gérald, fitz signifiant fils dans le français des Normands au XIIIe siècle. De mauvaises langues disent que les ‘Fitz’ désignaient les fils illégitimes des Normands mais rien n’est sûr. En revanche, il est sûr que les rois d’Angleterre, de descendance normande et angevine, appelaient leurs enfants illégitimes Fitzroy, fils du roi. Il était ainsi assez chic au XIVe siècle, d’emprunter la logique irlandaise et la langue française. C’est ainsi qu’une famille de souche irlandaise s’est laissée tenter par cette mode normande chic et novatrice, en prenant le nom FitzPatrick, les fils de Patrick. Malheureusement ceci fait du tort à Saint Patrick car le vénérable saint patron du pays n’a jamais eu d’enfants ! En gaélique le nom de la famille est Mac Giolla Phádraig, fils du dévot de Saint Patrick, ce qui est beaucoup plus exact. Tous les autres Fitz d’Irlande sont bien d’origine normande ; ils ont tout même le droit de mettre leurs noms français en gaélique, ce qui donne Mac Gerailt pour FitzGerald.

II.2.2 la particule du pauvre

Dans les patronymes gaéliques, il n’existe pas de système de particule pour distinguer la noblesse. La plupart de gens s’appellent Mac ou Ó, du grand roi jusqu’au petit gueux. Rien donc dans le nom de famille n’indique si la personne fait partie d’une famille noble. On peut avoir des Ó Néill grands seigneurs et des Ó Néill humbles paysans. Les Irlandais ne connaissant pas la particule, il fut facile à certaines familles normandes, arrivées en Irlande au XIIIe siècle, de s’approprier un peu de noblesse en ajoutant de à leurs noms. Ainsi ‘Le Pauvre’ a été rebaptisé ‘de Pauvre’, ‘Le Brun’ s’est transformé en ‘de Brun’ et ‘Le Bouteiller’ s’est recyclé en ‘de Bouteiller’. Naturellement les Irlandais ont fini par en déduire que tous les Normands étaient des nobles et la plupart des versions gaéliques des noms de famille français ont été dotées d’une particule. Une des exceptions est Martin, qui est devenu un simple Mac Máirtin, fils de Martin, dans le Nord du pays, et un Ó Martáin, petit-fils de Martin, dans le Sud. Cela dit, certaines familles normandes étaient bien issues de la noblesse et avaient déjà leur particule avant d’arriver en Irlande, tels que les de Burgh et les d’Alton.

 

II.2.3 la Fuite des Oies Sauvages et le retour au pays pour certains

Ce qui est amusant est que les particules à la française bricolées en Irlande au XIIIme siècle ont pu se faire accepter comme particules en France au XVIIe siècle quand une grande partie de la classe dirigeante catholique d’Irlande a dû se réfugier en France après avoir été dépossédée par les Anglais protestants. Cet exode forcé a atteint son apogée après la défaite de Limerick en 1691 quand 50.000 réfugiés irlandais sont arrivés en France. Toutefois, bien avant cette date charnière et encore après, la France a été une terre d’accueil pour les catholiques irlandais fuyant l’oppression de leurs voisins îliens. En Irlande, on appelle cet exode ‘la Fuite des Oies Sauvages’. Cette fuite a eu l’effet d’introduire beaucoup de noms irlandais en France, des noms de souche irlandaise mais aussi des noms français revenant après un passage de quatre siècles en Irlande. Les Irlandais se sont mis à pratiquer de nombreux métiers en France, notamment dans l’armée, le vin et l’Église. D’autres métiers étaient parfois moins avouables. Louisa O’Murphy, a été une des maîtresses de Louis XV, elle a trouvé un créneau entre Madame de Pompadour et Madame du Barry. Parmi les plus respectables, l’aumônier de Louis XVI, l’Abbé Edgeworth, qui a accompagné le Roi à la guillotine, et deux présidents de la République, Patrice de Mac-Mahon et Charles de Gaulle. Ce dernier a toujours été fier des ses origines irlandaises, la famille Mac Artan, fils du petit ours, famille du Nord-Est de l’Irlande, célèbre pour sa féroce opposition aux Anglais. Patrice de Mac-Mahon était fier lui aussi de sa famille irlandaise Son nom était également lié à celui de l’ours, Mahon signifiant ourson. De même que le dieu Aonghus semble prédisposer à brasser de la bière et à distiller du cognac, y aurait-il une prédisposition de l’ours à devenir Président de la République française ? Il est regrettable cependant que le grand-père de Patrice, un médecin de la ville d’Autun, se soit laissé emporter par quelque dose de prétention. Il a demandé à Louis XV de rajouter une particule devant son nom de famille, ce qui n’a pas de sens patronymique. Louisa O’Murphy, elle, n’a jamais embêté le même roi avec un tel caprice et s’est contentée de rester une simple petite-fille de guerrier de la mer.

à lire
The Surnames of Ireland
Edward MacLysaght
Irish Academic Press 1989
Dublin
ISBN 0-7165-2366-3

http://www.irishsurnames.com/gaelicmeaning.htm

Mac_Mahon

Le Président Patrice Mac Mahon
…. plus joli sans particule !

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