SAVOIR RACONTER des HISTOIRES

‘J’ai toujours confondu la vie avec les bandes dessinées’
Starmania, Michel Berger et Luc Plamondon, 1979

 

LeConteurLes Irlandais seraient-ils meilleurs pour raconter des histoires que les Français ? Déjà il faut se rendre à l’évidence : les Français ont gagné trois fois plus de prix Nobel de littérature que les Irlandais, à savoir douze lauréats contre quatre. Toutefois il y a dix fois plus de Français que d’Irlandais, aussi les Irlandais peuvent-ils se consoler d’une statistique plutôt flatteuse.

Les Irlandais seraient-ils plus crédules, prêts à croire toutes les histoires qu’ils entendent ? Oui et non. Cela dépend de ce que nous entendons par ‘histoire’. En français il y a un certain sur-recours au mot ‘histoire’, avec une dévalorisation du sens, une méfiance, ce que nous voyons tout de suite dans des expressions telles que ‘raconter des histoires’, ‘faire des histoires’. En revanche, en gaélique d’Irlande, la différence entre les catégories d’histoires existe. Il y a celles qui sont dignes d’être crues et celles dont la vérité est à laisser ou à prendre. On distingue d’une manière nette la différence entre stair, qui correspond à Histoire (à la française avec un H majuscule), les faits historiques, et scéal (qui correspond à histoire avec un h minuscule). Regardons de près ces deux mots linguistiquement révélateurs, car si le gaélique et le français puisent aux même sources linguistiques, le français, la langue de ‘stair-mania’, a décidé de ne pas compliquer son vocabulaire avec une telle précision. Le gaélique se garde bien de faire un amalgame si énorme. C’est toute une histoire…

 

stair [star] Histoire historique Entre ‘stair’ ‘stoire’ (histoire) la parenté entre le français et l’irlandais est visible.

scéal [chkèl] histoire mot apparenté au français : ‘saga’

Avec le mot scéal nous pouvons partir à la rencontre d’un pays de contes et de légendes, d’histoires vraies et de moins vraies :

dea-scéal [dja- chkèl] bonne nouvelle dea (bon) + scéal (histoire)
Soiscéal [suschkèl] Évangile soi + scéal (histoire)
fabhalscéal [faval-chkèl] fable fabal (fable) + scéal (histoire)
finscéal [finn-chkèl] légende  fin + scéal (histoire)
leithscéal [lèchkèl] excuse leith (demi) + scéal (histoire)

 

Gabh mo leithscéal [ga mo lèchkèl] Pardon, mot-à-mot ’prends mon excuse’

craiceann na fírinne vraisemblance
[krackine na firinya] mot-à-mot, la peau de la vérité

seanchaí [chanki] conteur d’histoires traditionnelles

 

Le seanchaí, le conteur d’histoires, et d’histoires prises très au sérieux, est une noble institution. C’était un métier assez répandu jusque dans les années 50, mais avec l’arrivé de la radio et de la télévision il s’est fait de plus en plus rare. Grâce aux générations de conteurs qui étaient seanchaí de père en fils, retenant de nombreuses et longues sagas, fidèles au mot à mot, la tradition orale et le patrimoine littéraire non écrit d’Irlande ont été conservés, en particulier les histoires de Finn Mac Cumhnaill et les Fianna. Mais tout cela c’est encore une autre histoire !

 

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Dernière mise à jour : dimanche 25 mars 2007
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