Vite ! Il est temps de se marier. L’étudiant en gaélique ne perd jamais le nord, toute occasion est bonne pour approfondir ses connaissances de la langue. Impressionnez vos amis et brillez en société en envoyant vos faire parts en gaélique.

Voici le faire part qu’envoient Roger et Françoise à l’occasion du mariage de leur fille Sophie :

Ba mhaith le
Roger agus Françoise Dupont
Jacques Chirac
a bheith i lathair nuair a phosfás
Sophie agus Pierre
ar an 17ú Márta
ar a 3 i.n
i dteach Phobail
Notre Dame
Paris

Freagra 16 Feabhra

Nous ne pouvons pas être certain que le Président de la République répondra à une telle invitation, mais au moins vous lui aurait donner l’occasion de débloquer son gaélique.

Traduction
(ils) aimeraient
Roger et Françoise Dupont
(que) Jacques Chirac
soit présent quand se marient
Sophie et Pierre
Le 17 mars
à 3 heures l’après-midi
Dans l’église
Notre Dame
à Paris

Réponse (pour le) 16 février

Étudions ensemble quelques unes des phrases clefs :

ba mhaith le
[ba mouail le]
mot à mot, ‘il serait bon avec eux’ :

Quelle manière élégante de dire ‘vouloir quelque chose’ !…

Une des merveilles du gaélique est sa perception de la dualité des choses. La personne reste toujours bien distincte de ce qu’elle sent, et vice versa. Par exemple, vous n’êtes jamais malade, vous n’êtes jamais fusionné avec un adjectif, mais c’est la maladie qui est sur vous. Nous reviendrons sur cette vision du monde tout à l’heure.

Teach Phobail
[tchoque foboll]
mot à mot,maison du peuple’,

C’est-à-dire une église. Le mot ‘pobal’ a la même origine que le français ‘peuple’, mais les Irlandais avaient du mal avec la lettre P. Même l’illustre Saint Patrick était appelé Cutrick pendant des siècles, le temps que les Irlandais s’habituent à la prononciation. On dit auusi séipéal [chez-pèle] pour église, du même mot latin qui nous donne ‘temple’ en français. Également venu du latin, d’où un fort air de famille avec le français, Eaglais, [aglèche], Église. En gaélique le mot est réservé pour parler de l’institution de l’Église, et non pas ses bâtiments, sauf dans le cas des ard-eaglais, mot à mot, les hautes églises, c’est-à-dire les cathédrales.

Trí ghalar gan náire, Grá, tochas agus tart.
[tri galare gone noïra, grau, thokasse augueuce tharte]
Trois maladies sans honte, amour, démangeaison et soif

Vous avez compris, en gaélique, on est bien séparé de ses émotions. On n’est jamais amoureux, tout simplement l’adjectif n’existe pas. En revanche on peut se trouver i ngrá, ‘dans l’amour’ avec quelqu’un . Toute la langue est basée sur cette séparation entre la personne et les sentiments qui l’habitent. Par exemple, on n’est jamais assoiffé, mais la soif, comme un énorme fardeau ambulant, passe et monte sur vous. ‘Tá tart ort’, [ta tharte ort]‘ la soif est sur toi’. Avouez que le monde devient beaucoup plus intéressant et facile à comprendre quand on raisonne par la dualité des choses !

‘Níl aon leigheas ar an ngrá ach pósadh’
[niil èine laïasse air one gra ack peaussou]
‘Le seul remède à l’amour est le mariage’

Brídeach [bridocque] la mariée
Fear nuaphósta [far nua-fosta] le marié
an lánúin nuaphósta [one lanounne nua-fosta] les jeunes mariés
Cailín coimdeachta [colline codjacta] (la) témoin
Finné fir [finné fir] (le) témoin
pós [posse] marier (verbe)
pósta [possta] marié
cleamhnas [claounas] alliance
margadh [maragou] marché (accord)

Tá do mhargadh déanta
[tha de waragou djéinnetha]
ton marché est fait (Tope-là, dans la langue auvergnate !)

Le cleamhas peut être par amour, ou par intérêt, et dans ce cas il s’agit plutôt d’un margadh. Il y avait l’époque en Irlande, jusqu’à 17ème siècle, et malgré les protestations de l’ Eaglais, des mariages civils à durée déterminé, des MCDD si voulez. Ce forme de marché avait des avantages et des inconvénients pour les deux parties. L’Histoire nous raconte comment la fameuse femme pirate, Gráinne Mhaol [Grogna Mouèlle], a pu s’emparer du château de son mari : le pauvre, oubliant de faire attention aux dates, est revenu d’une chasse un jour après la fin de leur année de mariage. Elle a tout simplement refusé de le laisser rentrer. Un cas flagrant de qui va à la chasse perd sa place… ou son château.

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