LES VERTUS

‘Nos vertus ne sont, le plus souvent, que des vices déguisés’
François de La Rochefoucauld (1613-1680) – Maximes

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La vertu est-elle sa propre récompense ? La vertu, est-elle vraiment un vice ? Quelque chose a sans doute traumatisé notre ami La Rochefoucauld, une étude s’impose ! Le gaélique est là pour nous aider à regarder les vertus sur un nouvel angle. Tout d’abord ce serait une bonne idée de nous rappeler de nos vertus favorites. Prenons donc les plus connues, les quatre célèbres vertus cardinales, na ceithre suáilcí cairdinéalta. À partir de ces quatre vertus nous pouvons passer à la découverte de nouveaux mots et de phrases.

Críonnacht [krinnoque] Prudence
Ceart [kiarthe] Justice
Neart [niarthe] Force
Measarthacht [masaroque] Tempérance

On n’entend jamais assez parler en gaélique de la première des vertus, an chríonnacht, la prudence. Cette vertu, considérée par les experts comme la pierre angulaire de toutes les vertus, ferait-elle défaut aux Irlandais ? Que ce soit dans les légendes ou dans les dictons, an fear críonna, l’homme prudent est-il toujours à l’honneur ? Les trois autres vertus rattrapent la situation. Au moins elles sont davantage présentes dans les conversations de tous les jours, c’est-à-dire qu’on les trouve souvent ‘i mbéal an phobail’, dans la bouche du peuple. Mais là encore, le fait d’en parler ne veut pas forcément dire qu’elles soient pratiquées !

Regardons de près la vertu de Ceart, Justice. Si les Irlandais utilisent autant ce mot, c’est en partie parce qu’en gaélique il peut signifier à la fois ‘bon’, ‘raison’ et ‘justice’, comme dans les phrases suivantes :

Is ceart agus is cóir sin
[iss kiarthe agueuss iss kore chine] Cela est juste et bon
Ceart go leor.
[kiarthe gå lore] Ça va / d’accord.

Tá an ceart agat.
[tå åne kiarthe agåte] Tu as raison.

Tá sin ceart.
[tå chin kiarthe] Cela est vrai.

On trouve de nouveau un cas de multi-emploi linguistique pour la vertu de Neart, Force. Comme le mot gaélique a plusieurs significations, on l’emploie souvent, mais cela ne veut nullement dire que la langue gaélique pousse à la vertu, ou que les Irlandais soient linguistiquement plus vertueux que les Français (quoique l’on puisse toujours se poser la question !) Dans un premier temps le mot neart signifie force, ensuite et par extension le même mot sert à exprimer la notion d’abondance.

Níl neart air.
[nil niarthe aire] Il n’y a rien à faire.mot-à-mot, il n’y a pas de force dessous
Tá neart ama agat
[tå niarthe ama agåte] Tu as beaucoup de temps
‘In medio stat virtus’, comme disaient les Anciens, ‘la vertu est dans la modération’. C’est peut-être ici que La Rochefoucauld a découvert qu’une vertu poussée à l’extrême peut devenir un vice. Soyons donc raisonnables et pratiquons an Mheasarthacht, la Tempérance. En gaélique la vertu de measarthacht est plutôt pratiquée en paroles que par actions, l’adverbe measartha, ‘moyennement’, servant souvent à embellir les phrases.

Cad é mar atá tú ?……….. go measartha.
[kådjé mar atå tou][go masarha] Comment vas-tu ? ….. Moyennement. Tant bien que mal.

measartha mór  [masarha moor] moyennement grand
measartha beag [masarha biog] moyennement petit

‘Is maith an tsáith an mheasarthacht.’
[iss maï åne thai åne masaroque] ‘La modération (suffisance) est une bonne plénitude ‘ mot à mot
‘Le mieux est l’ennemi du bien’ / ‘Qui trop embrasse mal étreint’
 

Référence : 

Construire sa personnalité
Pascal Ide
Fayard 1991

© Chronique-gaélique 2003 – tous droits réservés
Dernière mise à jour : dimanche 25 mars 2007
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